Quelle vie sexuelle après l'inceste ?

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Quelle vie sexuelle après l'inceste ?

Message par Manon le 9/10/2007, 12:56 am

3 questions à :

Martine Nisse
Psychothérapeute familiale, spécialiste des maltraitances sexuelles, psychiques et physiques. Co-fondatrice du centre thérapeutique des Buttes-Chaumont


1 / Est-il possible de mener une vie sexuelle “normale” après avoir été victime d'inceste ?

Les symptômes post-traumatiques dus à l'inceste sont éminemment nombreux et graves. Les blocages sexuels en font bien sûr partie. Les victimes souffrent en général de frigidité sur le plan clitoridien, anal ou vaginal. Il y a très souvent des impossibilités de contacts, des zones très précises que le ou la partenaire ne peut toucher ou caresser. Ce sont le plus souvent les endroits du corps qui ont été violentés ou violés. En tant que thérapeute, ces zones précises me servent de fil rouge pour remonter l'histoire de mon patient. Elles racontent ce que la personne a subi et permettent à celles qui vivent dans un profond déni de protection d'enfin renouer avec leur passé pour renaître.
Beaucoup de victimes d'incestes réussissent à construire leur vie, sexuelle notamment, sur ce déni. Mais un jour, à cause d'un geste, d'une rencontre, d'un évènement important de la vie (naissance des enfants), ces puissantes barrières de protection sautent.


2 / Que faire pour retrouver une vie sexuelle sereine ?

Mettre en mots ce qui est arrivé. Celui ou celle qui commet l'inceste, transgresse une règle absolue, un tabou. Et il ou elle use de son autorité et de sa stature, pour imposer le silence à sa victime. Si bien que pour l'enfant ou l'adolescent, la notion de tabou se déplace sur l'interdiction de parler : raconter, dire ce qui se passe, ce qui lui arrive, devient TABOU.
C'est ce tabou, ce verrou particulièrement puissant qu'il va tout d'abord falloir faire sauter. Quand les mots surgissent enfin, quand la souffrance jaillit, arrive aussi le temps de la prise en compte. Réaliser son statut de victime car beaucoup culpabilisent en se disant qu'ils ont “accepté”. Prise en compte par l'entourage familial ensuite.


3 / Mais comment soigner son corps meurtri ?

Quand les victimes d'inceste se mettent à parler, quand elles se libèrent enfin par la parole, il se passe alors une chose tout à fait extraordinaire : elles mettent à avoir mal partout, à ressentir des douleurs, notamment dans les zones touchées par les violences sexuelles. Certaines personnes développent même des maladies infantiles. C'est en fait le corps qui se réveille. Ce corps qui fut lui aussi soumis à la volonté d'un autre et au silence, s'exprime à son tour.
Il faut donc entamer un travail de réconciliation avec son corps, qui peut passer par l'ostéopathie ou des thérapies psycho corporelles. Généralement, quelques séances suffisent car la plus grande partie du travail a été accomplie.
Je voudrais rajouter un conseil pour les enfants qui ont été soignés tôt : il s'avère le plus souvent essentiel de les faire suivre à nouveau par un spécialiste quand ils abordent l'adolescence. Car les premières amours et expériences sexuelles peuvent provoquer des réminiscences douloureuses qu'un psy saura gérer avec eux.


Centre des Buttes-Chaumont
Première structure thérapeutique en France, à s’être spécialisée dans la prise en charge des victimes et auteurs de violences familiales et extra-familiales. Elle dispense également des formations à la thérapie des systèmes maltraitants, pour les professionnels.
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