Inceste les secrets de famille

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Inceste les secrets de famille

Message par Manon le 6/10/2007, 6:16 pm

Témoignages : prison, inceste, adultère… Ils osent enfin parler

Trois histoires vraies, dramatiques mais classiques, qui démontrent à quel point la loi du silence fait souffrir chaque membre du clan

Propos recueillis par Laurence Lemoine et Isabelle Taubes


L’inceste, l’ignorance sur sa filiation, la prison comptent parmi les secrets de famille les plus lourds et les plus fréquents. Voici trois drames exemplaires qui illustrent comment le secret hante les membres d’une famille sur plusieurs générations. L’histoire de Christine et de sa fille,

Julie, met en lumière une vérité pourtant guère évidente : un enfant finit toujours par savoir -inconsciemment- ce qu’on essaie de lui dissimuler
Or ce savoir inconscient peut générer des symptômes graves et des conduites souvent plus dangereuses que le secret lui-même.

Nadia, elle, n’a pas vécu dans sa chair – comme sa sœur – les assauts d’un père incestueux. Pourtant, elle s’estime également " victime du secret ". A l’écouter, on comprend clairement que, lorsque l’inceste survient, tout le clan familial est atteint et se trouve coupé du monde, des autres : de ceux qui ne savent pas. Elle nous fait entendre que, si la guérison passe par la mise à jour de l’indicible, la révélation ne suffit pas : il faut ensuite se délivrer du traumatisme et se reconstruire.

Quant à Marthe, qui ignore qui est son père, elle nous renvoie à une réalité douloureuse : quelques-uns d’entre nous doivent accepter l’idée qu’une part d’eux-mêmes, de leur histoire, est condamnée à rester dans l’ombre. Certains secrets demeureront secrets, et il appartient à celui qui s’y trouve confronté de trouver sa propre solution pour s’en arranger. Sans que personne ne puisse lui dire ce qu’il doit faire ou penser.

Christine, 40 ans : “Cacher à ma fille que mon père avait fait de la prison, quelle erreur !”


" Julie était une enfant sans histoire, raconte Christine. A 13 ans, elle a commencé à mentir sans arrêt. J’ai d’abord mis ça sur le compte de l’adolescence. Puis, je me suis aperçue qu’elle me volait de l’argent.
Là, j’ai compris qu’elle se droguait. Son père et moi lui avons fait suivre une cure de désintoxication. A la rentrée suivante, elle est retournée au lycée. Mais les problèmes ont continué. A la fin de l’année scolaire, nous avons appris qu’elle redoublait (elle avait intercepté tous les courriers du lycée qui signalaient ses absences). Elle faisait ses coups en douce. Je n’avais plus confiance en elle et ne savais plus quoi faire.

L’année de ses 15 ans, nous sommes allés consulter un thérapeute familial. Comme notre mésentente conjugale occupait le devant de la scène, nous avons décidé ensemble que Julie irait passer l’été chez ma mère, veuve depuis quelques années, tandis que mon mari et moi nous efforcerions de renouer le dialogue. Mais, dès la fin du mois de juillet, ma mère a déclaré forfait. Elle avait surpris Julie en train de fouiller dans ses tiroirs et elle était persuadée qu’elle avait tenté de la voler. Début septembre, nous avons eu une nouvelle séance de thérapie. Julie niait farouchement les faits. Elle disait qu’elle avait voulu aider sa grand-mère à faire du rangement. Puis, nous avons évoqué les grands-parents de Julie. J’ai alors expliqué que mon père était un “faiseur d’anges”, mais que c’était quelqu’un de bien parce qu’il avait aidé des femmes en difficulté à avorter. C’est là que Julie s’est écriée : “Tellement bien qu’il a fait de la taule !” Interloquée par sa découverte, j’ai fondu en larmes. Je n’avais pas caché à Julie les activités de mon père. Mais ce que je ne lui avais jamais dit, c’est qu’il se faisait grassement payer pour ses services. Je trouvais ça dégoûtant. Du coup, je lui avais caché la prison. Je ne voulais pas que ce grand-père, que Julie adorait, soit un mauvais exemple. Je n’avais pas prévu qu’elle ferait du “rangement” chez ma mère. C’est là qu’elle a trouvé des lettres échangées lors du séjour de mon père en prison.

En lui taisant cet épisode, je m’étais doublement trompée.
D’abord en croyant qu’elle ne découvrirait jamais mon secret et, ensuite, en pensant que celui-ci pourrait la protéger. Le thérapeute m’a expliqué que, quand on cache quelque chose à un enfant, il le sent. Julie avait donc dû sentir les zones d’ombre dans nos conversations. Et j’avais eu beau tenter de dissimuler la honte que j’éprouvais pour mon père, Julie l’avait perçue sans la comprendre. Au début, je n’ai pas voulu admettre que, pour trouver une logique à tout ça, elle avait dû à son tour se livrer à des actes que je réprouvais. Le thérapeute parlait d’une logique de répétition. Ce que j’avais refusé de mettre en mots, ma fille était, elle, condamnée à le reproduire en actes. Une fois délivrée du secret, Julie a pu reprendre normalement le fil de ses études. "


Nadia, 27 ans : “Impossible de faire l’amour sans penser à l’inceste entre mon père et ma sœur”

"La télé diffusait un téléfilm sur l’inceste, confie Nadia. Soudain ma grande sœur lance : “Papa m’a fait pareil !”… Cinq secondes pour dire l’indicible. De ses émotions, de son ressenti, ma sœur ne me dit rien : ce domaine-là reste secret. J’ai 9 ans, elle 16. Sur le coup, cette révélation brutale ne change rien à mon existence. Mais un clivage s’opère en moi : d’un côté, il y a mon père, dont je suis la préférée, qui ne m’a jamais caressé de manière équivoque (il n’a d’ailleurs jamais essayé de s’en prendre à moi ou à ma petite sœur) ; de l’autre, un monstre que je n’arrive pas à intégrer réellement à mes pensées… Pour que le monde extérieur ne sache rien de sa conduite et de notre “anormalité” collective, mon père, jusqu’à sa mort il y a deux ans, a mis sa famille “au secret” : il nous a coupé des autres. Interdiction de fréquenter la famille de ma mère ou d’avoir des amis, personne ne devait venir à la maison. Et nous, ses enfants –mes deux sœurs et mon frère–, étions privés d’intimité : il lisait notre courrier, ne tolérait pas que nous ayons des conversations privées…

A l’âge de 20 ans, j’ai rencontré un homme, mon compagnon actuel, et j’ai décidé de parler.
Car, à cette occasion, j’ai découvert combien le secret empoisonnait ma vie affective et sexuelle : il m’était impossible de faire l’amour sans y penser. Mon père est mort sans s’être excusé. Pour moi, le deuil a été terriblement douloureux. Je perdais papa que j’aimais… et que je détestais à cause de ce qu’il avait fait. En plus, c’était la fin de mon espoir d’une réconciliation familiale. Ma sœur n’a jamais voulu lui demander de comptes. Aujourd’hui encore, elle préfère le silence… A l’opposé de moi. Moi, je parle, je parle. En espérant que ce secret finira par s’éroder, par s’user. Cela peut sembler paradoxal, mais, à mes yeux, le plus obscène n’est pas son contenu – l’inceste – mais les effets toxiques du non-dit, l’obligation de se taire. Ma grande sœur a clos le débat définitivement. Elle dit qu’il est temps de passer à autre chose. Comment peut-elle croire que le silence guérit ? Ses enfants s’amusent entre eux à des jeux sexuels incestueux, elle prétend que c’est normal. Son mari, qui admirait terriblement mon père malgré le mal qu’il avait fait, tient autant qu’elle à préserver le secret du monde extérieur.

Ma famille est d’origine étrangère et je ne pourrais jamais épouser un homme natif du pays de mes ancêtres : de peur que cela recommence.
Ni mes frères et sœurs ni moi n’avons évoqué ce sujet avec notre mère. Sait-elle ? Et, si oui, que sait-elle au juste ? Elle a une relation très tendue avec notre sœur aînée qui la juge coupable. A ses yeux, maman a forcément été complice. Comment ne remarquait-elle pas les absences nocturnes de son mari, quand il partait rejoindre leur fille dans sa chambre ? Je ne sais pas si je trouverais un jour le courage de la questionner."


Marthe, 35 ans : “Sans le savoir, je me vivais comme l’enfant de la faute”

" Avec la curiosité innocente de la petite fille de 6 ans que j’étais, j’interroge ma mère : “Maman, c’est quoi être amoureux ?” “Oh, c’est quand on a un sentiment très fort pour quelqu’un. D’ailleurs, toi, tu es la fille de l’homme de ma vie : papa n’est pas ton père. Mais surtout, ne le lui dis pas…” Immédiatement, ça a été l’effondrement, une peur indicible. Cette révélation et l’obligation de partager ce secret avec ma mère installèrent une ombre au-dessus de ma tête. Avec, à la clef, cette menace inconsciente : “Un jour, je serai rejetée de cette maison car, en réalité, je n’y suis pas chez moi !”

Dès lors, j’ai eu l’impression que je ne pourrai jamais être proche de papa. Il y avait “ça” qui me séparait de lui.
En fait, les choses étaient encore plus compliquées : ma mère ne savait pas réellement qui était mon père, son amant de l’époque ou son mari. Et, comme je pouvais ressembler aux deux, elle n’a jamais pu trancher. Ce secret m’a longtemps enfermée dans la peau d’une personne qui fait tout pour être acceptée, reconnue parce qu’elle craint d’être rejetée. Jusqu’à mon mariage, il y a cinq ans, mes relations avec les hommes étaient contaminées par cette hantise. Je me disais que le couperet allait forcément tomber : l’autre allait se rendre compte que je n’étais pas celle qu’il croyait… Je me voyais comme une imposture vivante. L’enfant de la faute ! De plus, ce secret avait le pouvoir de me lier à ma mère –l’instigatrice du mystère– sur un mode fusionnel écrasant. A 20 ans, pour essayer de me créer un espace à moi, j’ai fait les quatre cents coups.

En vain ! Je me détruisais sans parvenir à me libérer.
Je n’ai jamais pu parler de tout cela avec papa : impossible de trahir le secret. Et je ne le peux plus. Il est mort. Adulte, je continuais d’être hantée par cette ombre, alors j’ai décidé d’entreprendre une psychanalyse. Je ne sais toujours pas qui est mon père. Mais j’essaie de considérer comme un “plus” le fait d’en avoir construit “deux” dans mon imaginaire : chaque humain étant particulier, c’est ce qui signe ma singularité à moi. J’ai pourtant un grand regret : d’une certaine façon, je suis passée à côté de mon père – celui qui m’a donné son nom. Récemment, mon petit garçon m’a demandé : “Il est où ton papa ?” Je ne sais pas si je dois lui parler un jour de cette histoire. Pour l’instant, il est trop petit, mais il en a sûrement capté des éléments. D’un côté, j’ai peur de l’envahir avec ce secret ; de l’autre, je ne veux pas qu’il en pâtisse en n’en sachant pas suffisamment pour comprendre… "


L’AVIS DU PSY :

Le non-savoir condamne à la répétition

" Ne pas révéler un secret de famille à nos enfants, c’est les condamner à répéter les fautes de leurs ancêtres ", affirme Didier Dumas (1), psychanalyste d’obédience doltoïenne. Comment expliquer que nos descendants continuent d’être influencés par des faits dont ils n’ont pas connaissance ? " Il faut savoir que l’inconscient est transgénérationnel, explique le psychanalyste. L’enfant se construit par identification, c’est-à-dire en dupliquant littéralement l’inconscient de ses parents, avec son lot de représentations mais aussi de trous formés autour d’une absence de parole, de questions laissées sans réponse ou de secrets traumatiques. " Ce que Didier Dumas, à la suite de Nicolas Abraham, appelle " fantôme ", c’est ce non-savoir qui hante et agit les esprits qu’il habite. " Le non-savoir nous condamne à nous heurter aux mêmes difficultés que nos parents ou grands-parents, et à ne pas pouvoir les dépasser. Seule la parole peut nous délivrer d’un fantôme. Ce que j’appelle un “ange”, c’est le savoir que nous transmettons à nos enfants, et qui, seul, peut leur permettre de continuer leur route là où nous nous sommes arrêtés. "

1 - “L’Ange et le fantôme”, Editions de minuit, 1985.
Propos recueillis par Laurence Lemoine et Isabelle Taubes
avril 1999

Via le site http://www.psychologies.com


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